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#1 - "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" : un commandement contradictoire ?

Mis à jour : il y a 6 jours

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même" est désigné par Jésus comme le second plus grand commandement. Nombreux sont les philosophes a avoir tenté d'expliquer cet étonnant commandement, apparemment contradictoire.



Un commandement ancien :


Dans l'évangile de Matthieu (22 : 36-39), les pharisiens posent une question piège à Jésus-Christ : quel est le plus grand commandement ? Les rabbins avaient en effet identifié des centaines de commandements. Jésus répond :


"Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même."

On a fait de ce commandement le fondement de la morale chrétienne. Mais c'est un commandement juif, de l'Ancien Testament, que Jésus présente ici comme le second plus grand. Il est en effet ordonné dans Lévitique 19 : 18.


Un commandement contradictoire :


Emmanuel Kant, philosophe allemand de l'époque des Lumières (18e siècle), croyant, juge ce commandement contradictoire. En effet, il nous ordonne d'aimer. Or, l'amour est un sentiment, une inclination : par définition, un sentiment est spontanément, involontaire. On ne le commande pas. On ressent sans le vouloir de l'amour, ou bien on n'en ressent pas, mais on ne peut pas se forcer à aimer si on ne ressent rien ! C'est pour cela que la promesse d'aimer pour toute la vie, qui sous-entend qu'on contrôlerait ce sentiment, est paradoxale, comme nous l'avons évoqué dans cet article.


"Ainsi doivent être sans aucun doute également compris les passages de l'Ecriture où il est ordonné d'aimer son prochain, même son ennemi. Car l'amour comme inclination ne peut pas se commander [...]." Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), trad. V. Delbos

Deux sortes d'amour :


Pour Kant, il faut à la fois constater l'étonnement de notre raison face à ce commandement, mais aussi admettre que s'il est donné par Dieu (et par Jésus) c'est qu'il a du sens, c'est qu'on peut y obéir. Le philosophe cherche donc à réconcilier ces deux positions, et il y parvient en distinguant deux sortes d'amour.

Il y a effectivement l'amour sentiment, spontané, aux causes mystérieuses, que Kant qualifie de "pathologique". Le pathos, en grec, c'est ce que l'on subit, ce qui s'impose à nous, et nous sommes donc passifs.

Mais il y a aussi l'amour pratique. Cet amour ne réside pas tant dans l'affect (on ne nous ordonne pas de ressentir de l'amour), mais comme son nom l'indique dans l'action : on nous ordonne de faire du bien à autrui, de le traiter comme on souhaiterait qu'il nous traite.


"mais faire le bien précisément par devoir, alors qu'il n'y a pas d'inclination pour nous y pousser, et même qu'une aversion naturelle et invincible s'y oppose, c'est là un amour pratique et non pathologique, qui réside dans la volonté, et non dans le penchant de la sensibilité, dans des principes de l'action, et non dans une compassion amollissante ; or cet amour est le seul qui puisse être commandé." ibid.

Ainsi, selon Kant, l'ordre d'aimer son prochain comme soi-même ne s'adresse pas tant à nos sentiments, nos affections, qu'à notre volonté, notre action.

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