• Philosophe chrétienne

Promesse un jour, promesse toujours?

J'ai fait une promesse. Mais le temps a passé : je ne suis plus celui qui a promis. Suis-je encore lié par cette promesse ?



Je ne suis plus celui qui a promis :


Nous changeons sans cesse. Notre identité n'est jamais fixe, définitive (#identité). Si bien que lorsque nous faisons une promesse, la minute d'après nous ne sommes déjà plus vraiment la même personne. Promettre ne semble donc pas avoir de sens, car je peux prétexter : "J'ai changé, je ne suis plus cette personne qui a promis."

Pourtant, c'est justement parce que nous changeons que nous promettons. Si nous ne changions pas, la promesse serait inutile : "je t'aime, et il est parfaitement certain que je t'aimerai encore demain, puisque je ne changerai pas". Si nous promettons, c'est justement pour avoir un peu de stabilité dans cet incessant changement.

Mais comment articuler changement d'identité et promesse ? Le philosophe français Jean-Paul Sartre peut nous aider à comprendre. Pour cela, développons notre exemple.


La conscience de soi, créatrice de liberté :


Il y a quelques années, je me suis marié. Durant la cérémonie, j'ai prononcé les vœux traditionnels, et j'ai promis d'aimer toute ma vie. En me remémorant ces événements, je suis en train de prendre conscience de moi : je prends du recul par rapport à moi-même, je me regarde comme si j'étais quelqu'un d'autre, de l'extérieur en quelque sorte.

Ce recul crée un écart entre moi et moi-même. Je suis cette personne qui a promis, et en même temps je ne la suis plus. Je suis moi et en même temps je ne suis pas tout à fait moi. Cet écart est un espace de liberté : c'est cela qui permet le changement. Je peux décider de reprendre pour moi cette promesse et de continuer à aimer, ou je peux décider qu'elle ne me concerne plus, et cesser d'aimer.


Le présent donne au passé sa signification :


Spontanément, j'ai tendance à penser que mon passé fait de moi ce que je suis. Puisque j'ai promis, cette promesse pèse sur moi, c'est une obligation : je n'ai pas le choix, je dois continuer à aimer.

Mais en réalité, s'il est vrai que le fait "j'ai promis d'aimer toute ma vie" a bien existé, c'est moi qui décide de son sens. Est-ce une promesse sincère, solennelle, quasi sacrée ? Est-ce une promesse de jeunesse, inconsciente, dépassée, qui ne compte pas ?

C'est moi qui choisis.

Mais comment vais-je choisir ? En fonction de mon projet identitaire actuel. Est-ce que je me projette dans quelqu'un qui est fidèle à la parole donnée ? Est-ce que je me projette dans quelqu'un qui considère que les promesses n'engagent que ceux qui y croient ? Est-ce que je me projette dans quelqu'un pour qui les aventures extra-conjugales ne viennent pas contrarier l'amour ? Est-ce que je me projette dans quelqu'un qui pense que l'amour est un sentiment qui ne se commande pas, que quand on ne ressent plus rien, c'est que c'est fini ?

En fonction de ce moi que j'ai envie d'être, je donnerai un sens particulier à la promesse que j'ai faite.


"Ainsi tout mon passé est là, pressant, urgent, impérieux, mais je choisis son sens par le projet même de ma fin. Sans doute ces engagements pris pèsent sur moi, sans doute le lien conjugal autrefois assumé limite mes possibilités et me dicte ma conduite : mais c'est précisément parce que mes projets sont tels que je ré-assume le lien conjugal, c'est-à-dire précisément parce que je ne projette pas le rejet du lien conjugal, parce que je n'en fais pas un "lien conjugal passé, dépassé, mort", mais que, au contraire, mes projets, impliquant la fidélité aux engagements pris ou la décision d'avoir une "vie honorable" de mari et de père, etc., viennent éclairer le serment conjugal passé et lui conférer sa valeur actuelle." Jean-Paul Sartre, L'être et le néant (1943)

Ainsi, nous changeons parce que nous avons conscience de nous-même. Mais ce changement n'est pas erratique, absurde, aléatoire : il se fait en fonction de la personne que nous projetons d'être. C'est ce projet qui détermine le poids que nous donnons à notre passé.

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