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Obéir, est-ce renoncer à la liberté de penser ?

Mis à jour : juin 3

Les procès des nazis après la Seconde Guerre mondiale, ou plus récemment les attentats commis par des extrémistes religieux, nous alertent sur l'absence de liberté de penser. L'obéissance est-elle renoncement à la liberté de penser ?



Pour être libre de penser, faut-il désobéir ?


Quand on nous donne un ordre, il ne semble pas que nous fassions appel à notre liberté de penser. On attend simplement qu'on s'exécute. Mais alors, si obéir nous prive de notre liberté de penser, désobéir est-il le signe que nous sommes libres ?

Non, car le problème n'est pas dans l'obéissance ou la désobéissance. Une désobéissance aveugle ne fait pas plus preuve de liberté de penser qu'une obéissance aveugle. Désobéir pour désobéir est une réaction sans réflexion, qui vise à saper l'autorité du donneur d'ordre, et non à remettre en question le processus de pensée qui l'a amené à donner cet ordre.


L'expérience de Milgram :


Les procès des nazis après la Seconde Guerre mondiale ont mis en lumière un argument : "Je n'ai fait qu'obéir aux ordres". Autrement dit : ce n'est pas de ma faute, mais la faute de celui qui a donné l'ordre. Cette obéissance aveugle à des ordres monstrueux a vivement interpellé les intellectuels.

Le psychologue américain Milgram a ainsi fait une expérience dans les années 1960, connue sous le nom d'expérience de Milgram, où un quidam devait poser des questions à quelqu'un. Si cette personne répondait mal, le quidam la punissait en lui envoyant une décharge électrique. La majorité des sujets ont fini par envoyer une dose létale d'électricité.

Cette expérience (où personne n'est mort, car les décharges étaient fictives et les victimes jouaient un rôle) avait pour but de comprendre pour quelle raison une personne - ni cruelle, ni perverse, ni dérangée - est capable de commettre des actes qu'elle trouverait immoraux le reste du temps.


Obéissance aveugle et absence de pensée :


L'expérience de Milgram souligne le rôle de la soumission à l'autorité. Dans le cas de cette expérience, autorité scientifique. Dans le cas des nazis, autorité politique et militaire. Nous apprenons dès l'enfance à nous soumettre à l'autorité : les parents, les professeurs, la loi, etc.

Cependant, derrière cette soumission se cache autre chose : la déresponsabilisation. Nous nous soumettons et obéissons sans réfléchir aux conséquences de nos actes pour nous et pour autrui. Nous partons du principe que l'ordre est justifié, et nous nous contentons d'obéir sans réfléchir. Nous devenons alors des robots exécuteurs, et nous cessons d'être humains en cessant de penser.

Au contraire, si nous cherchons la justification de l'ordre, puis que nous décidons d'obéir, c'est moins par soumission au donneur d'ordre, que par soumission à notre propre raison.


Contrainte et obligation :


La philosophie distingue ainsi l'obéissance par contrainte de l'obéissance par obligation.

- La contrainte est une force extérieure qui me fait obéir. Le chantage, la menace sont des contraintes.

- L'obligation est une force intérieure qui me fait obéir : ma raison m'indique qu'il est bon d'agir ainsi.

Donc : on me contraint, et je m'oblige.

L'obéissance par obligation est le signe d'une liberté de penser. Si j'obéis à un ordre qu'on me donne après avoir réfléchi, alors je conserve ma liberté de penser.

Toute la difficulté de l'éducation d'un enfant réside à le faire passer d'une obéissance par contrainte à une obéissance par obligation, le faisant ainsi devenir un être humain.

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