• Philosophe chrétienne

Notre identité : donnée ou construction ?

L'apôtre Paul, dans ses lettres, revient sur une contradiction que traverse tout chrétien : sauvé, le chrétien continue pourtant d'être tenté et de pécher. Comment est-ce possible ? Est-il sauvé ou est-il pécheur ? On ne peut pas être les deux ! Et si ce conflit était dû au fait que notre identité n'est pas une donnée immuable ?



La conscience de soi : Je est un autre


Le philosophe français du 20e siècle Jean-Paul Sartre, a longuement étudié le paradoxe identitaire. D'un côté, l'identité désigne ce qui ne change pas, ce qui ne varie pas, ce qui est immuable. Le mot vient en effet du latin idem : même, pareil. D'un autre côté, nous constatons pourtant que nous changeons ! En toute logique, ce changement devrait faire de nous quelqu'un d'autre, et pourtant nous continuons d'affirmer que nous sommes la même personne, en disant "je", "moi". Comment pouvons-nous en toute insouciance soutenir un tel paradoxe ?

C'est que nous possédons une conscience de nous-même. Cette spécificité entraîne un étrange état de fait : d'un côté, je suis moi. Mais lorsque je prends conscience de moi, un phénomène fascinant se passe : c'est comme si je prenais du recul pour me regarder moi-même. Comme un dédoublement, un retour sur moi-même. C'est le même phénomène lorsque je me vois dans un miroir. Alors, je ne suis plus vraiment moi : le dédoublement induit par la conscience de soi entraîne un écart entre moi et moi-même. Je suis moi, et je ne suis déjà plus tellement moi.


Le projet fondamental :

C'est ce phénomène qui nous permet de changer. Je peux par exemple prendre la décision d'arrêter de fumer. Mon identité de fumeur n'est pas figée dans le marbre. Mais en même temps, ce phénomène nécessite que je refasse toujours mienne ma décision. Hier, j'ai pris la décision d'arrêter de fumer. Mais ma conscience de moi fait que je ne suis déjà plus tellement cette personne qui a décidé d'arrêter de fumer. Aujourd'hui, je dois donc décider à nouveau d'être cette personne qui ne fume pas, ou bien décider que cet engagement ne tient plus.

Ce qui va guider notre décision, Sartre l'appelle "le projet fondamental d'être". Cela désigne l'être que je veux être, l'identité que je vise. Tous mes actes ont pour but de me faire correspondre à cette personne que je projette d'être. Ainsi, pour Sartre, si je prends la décision de fumer, mais que je parviens pas à m'y tenir, c'est que je ne me projette pas réellement dans une identité de non fumeur.


Pécheur ou sauvé ?


Dans sa célèbre lettre aux Romains (chapitres 6-7), l'apôtre Paul soulève une contradiction identitaire de taille : d'un côté, le chrétien est "mort au péché" (à travers la crucifixion du Christ) et vivant pour Dieu (à travers la résurrection). Il vit donc une nouvelle vie, libéré du péché. Mais d'un autre côté, le chrétien non seulement continue d'être tenté par le pécher, mais cède à la tentation ! C'est le combat entre la chair et l'Esprit.


"Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, c'est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu..." Lettre aux Romains, chap. 7, v. 19-22 (Bible, trad. Louis Segond, 1910)

Comment se sortir de cette contradiction ?

Première possibilité : deux identités demeurent en même temps : le chrétien sauvé, et le pécheur. Mais cela n'est pas possible, car l'apôtre Paul explique bien que le changement identitaire a eu lieu : le chrétien n'a pas à devenir chrétien, il est déjà sauvé, libéré du péché.

Deuxième possibilité : Dieu n'est pas assez puissant pour réellement libérer l'homme du péché. Impossible !

Une clé de compréhension se trouve peut-être dans ce phénomène de la conscience de soi et cette notion de projet fondamental. Dieu donne au croyant le pouvoir de devenir enfant de Dieu, mort au péché, vivant comme chrétien, c'est-à-dire, littéralement, comme "petit Christ". Mais le croyant adhère-t-il pleinement à ce projet fondamental d'être ? Quand la tentation survient à nouveau, se projette-t-il dans l'identité d'enfant de Dieu, libéré du péché, horrifié, dégoûté par le péché ? Ou bien se projette-t-il encore dans son identité de pécheur, séduit par le péché, jouissant à l'avance de tout le plaisir que lui procurera le péché ?


"Ainsi vous, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ".

Comment ne pas voir dans cette injonction de l'apôtre l'invitation à faire totalement sien ce projet fondamental d'être enfant de Dieu ?


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