• Philosophe chrétienne

Le travail avec la Genèse

Que gagnons-nous à travailler ? Le travail nous libère-t-il ? Le travail est-il une malédiction ? Autant de sujets de dissertation sur le travail, pour lesquels les textes de la Bible se révèlent être de précieuses ressources pour penser.



Définition du travail :


Le professeur de philosophie commence généralement par donner une définition du concept étudié. La Genèse donne quelques indices concernant ce qu'est le travail. En effet, après la désobéissance d'Adam et Eve, les conséquences pour Adam concernent plus le travail, et pour Eve l'accouchement.


"Il dit à la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur [...]. Il dit à l'homme : [...] le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain [...]." Genèse 3 : 16-19 (la Bible, trad. Louis Segond 1910)

On peut interpréter cette distinction comme recouvrant les rôles de l'homme et de la femme : le travail pour l'homme, la reproduction pour la femme. Mais les femmes travaillent aussi !

Pour la philosophe Hannah Arendt, dans son livre Condition de l'homme moderne (1958), qui commente alors Marx, travail et reproduction sont en fait deux activités parallèles :


"Pour lui (Marx), le travail était "la reproduction de la vie", assurant la conservation de l'individu, et la procréation était la production "de la vie d'autrui", assurant la perpétuation de l'espèce."

Le travail permet à l'individu d'entretenir ses forces, en produisant de quoi subvenir à ses besoins, et ainsi de rester en vie, de perdurer dans son être. La grossesse et l'accouchement permettent à l'espèce de perdurer.

Le travail peut donc être défini comme une activité nécessitant un effort, qui modifie la nature en vue de produire de quoi subvenir à nos besoins.


Le travail, une punition ?


Ce même texte de la Genèse nous laisse penser que le travail est une punition. Nous serions plus heureux sans travailler, chose qui arrivera peut-être si nous parvenons à faire travailler les machines à notre place.

Cependant, le texte de la Genèse n'est pas si catégorique quant à la négativité du travail. Quand Dieu place l'homme dans le jardin d'Eden, il indique :


"L'Eternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder." Genèse 2 : 15

L'homme peut manger non seulement des fruits qui poussent sur les arbres, mais aussi des herbes qui poussent à la surface de la terre (les légumes). Or cela nécessite un minimum de travail de culture, même si les productions spontanées de la nature peuvent être abondantes dans un climat doux.

La punition réside plus dans la pénibilité du travail : non seulement le travail va demander de longs efforts (sueur du front), mais il sera aussi particulièrement ingrat, car on n'obtiendra pas les résultats escomptés (épines et ronces). Il faut ici faire la distinction entre la pénibilité d'un long effort, et la pénibilité d'un travail infructueux. Parfois, les deux vont ensemble, mais pas toujours. Et on remarque que le travailleur éprouve plus de satisfaction à un travail fructueux, même si l'effort est long et fatiguant.


Le jour du repos :


Le jour du sabbat (de l'hébreu shabath : il se reposa) est instauré dès la création du monde.


"Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant." Genèse 2 : 3

Par la suite, le sabbat devient une ordonnance qui trouve sa place dans les 10 commandements :


"Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jour, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l'Eternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage [...]" Exode 20 : 8-10

Ce repos n'a pas qu'un sens physique : il ne sert pas uniquement à reprendre des forces pour retourner au travail, comme notre vision moderne du week-end le suggère. Il a surtout un sens éthique profond : il vise à préserver l'homme de l'aliénation du travail, c'est-à-dire de l'asservissement au travail qui nous fait oublier jusqu'à notre être profond (pour la Bible : un être à l'image de Dieu). Ce jour du repos nous rappelle que le travail est une activité nécessaire, utile, mais que la vie ne se résume pas à ça : le temps libéré pour la pure contemplation de la création divine (on ne trouve en effet, dans la Bible, pas de dévalorisation du monde matériel), ou pour la relation à l'autre (l'autre humain, l'autre qu'est Dieu), est un temps essentiel.

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