• Philosophe chrétienne

Le mystère des origines

La grande question que se pose tout être humain - celle de ses origines - peut-elle trouver une réponse satisfaisante ?



Dans cet article, j'ai parlé de l'Apocalypse. Et j'ai trouvé logique, après avoir évoqué la fin, d'évoquer le début, le commencement, l'origine.


La Genèse, origine ou commencement ?


La Genèse est le premier livre de la Bible, le reflet de l'Apocalypse. C'est le livre des origines : genesis, en grec, signifie source, origine. On en connaît bien le premier verset : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre". Au commencement, ou à l'origine ?

La philosophie distingue entre ces deux idées. L'origine, c'est ce qui permet, précède, prépare le commencement. Cela ne recoupe pas tout à fait l'idée de cause : la cause produit un événement, l'origine en explique la raison. Il peut ainsi y avoir diverses causes, mais une seule origine. Disons que l'origine serait la cause ultime, la toute première cause.

Ainsi, le ciel et la terre commencent à exister lorsque Dieu ordonne leur existence. Mais leur origine se situe dans le fait que Dieu ait voulu qu'ils existent. Pour donner un autre exemple, le big bang est le commencement de l'univers, mais pas son origine : car pourquoi le big bang ? D'où vient le big bang ? Qu'est-ce qui l'a causé ? C'est pourquoi cette théorie scientifique ne remet pas en question l'existence de Dieu : car Dieu peut être l'origine du big bang.

Le mot hébreu traduit par "commencement", dans ce premier verset de la Bible, est Béréshit. Il pourrait être plus exactement traduit par "à l'origine", ou bien "dans le principe". Traduit par "commencement", il est à comprendre comme commencement absolu, commencement ultime : soit origine. Dieu est le seul être qui réunit origine et commencement, il est l'origine et le commencement de toute chose.


La question de nos origines :


La Genèse est le livre des origines, la réponse à la grande question qui tourmente les êtres humains : pourquoi ? pourquoi est-ce que j'existe ? d'où est-ce que je viens ?

Cette question, nous la posons très tôt, enfant, et elle ne cesse ensuite de nous poursuivre toute notre vie. Parce que chaque réponse est insuffisante. Chaque réponse apporte une cause, un commencement à notre existence, mais aucune ne donne l'origine.

Réaliser cela est important pour comprendre la démarche de certains enfants, adolescents ou adultes, et pour éviter de donner des réponses "au rabais" face à cette grande question. Par exemple, quand un enfant demande à ses parents pourquoi il existe, les parents répondent rarement : "parce que le sperme de papa a fécondé l'ovule de maman". Pourquoi ne donnent-ils pas cette réponse ? Souvent ils se justifient en disant que l'enfant est trop jeune pour comprendre. Mais une fois qu'il a suivi des cours d'SVT au collège, ils ne lui donnent toujours pas cette réponse. Parce qu'elle est loin de répondre à la question : elle donne le commencement, un commencement causal, mais absolument pas l'origine. L'origine que recherche l'enfant est plutôt dans une réponse du type : "parce que maman et papa désiraient avoir un enfant".

Ceci explique aussi la quête, parfois désespérée, des enfants adoptés pour retrouver leurs parents biologiques. Savoir que nos parents d'adoption nous aiment est rassurant, mais ça n'étanche pas la grande question de l'origine : pourquoi quelqu'un m'a fait naître si c'était pour m'abandonner ? pourquoi n'a-t-on pas voulu de moi, ce qui fait que j'ai été adopté et que je suis là maintenant ?

On voit les autres situations où une telle question peut trouver des réponses inadaptées : je pense notamment aux enfants nés par FIV, et au débat autour de la FIV accessible aux femmes en couple ou seules. Les opposants donnent souvent l'argument suivant : l'enfant ainsi conçu souffrira de problèmes psychologiques. Et on leur répond : il suffira de leur dire la vérité. Mais la distinction origine/commencement nous montre à quel point cette vérité sera insatisfaisante. Va-t-on expliquer à l'enfant qu'il a été conçu par FIV ? Cela ne donne que la cause. Va-t-on lui dire - ce qui est vrai - que ses deux mamans avaient très envie d'un enfant ? Oui, mais... Mais un enfant se conçoit avec un ovule et du sperme. Le mystère des origines n'est donc qu'en partie résolu. D'abord, qui est cet homme avec lequel l'une de ses mères l'a conçu ? Qu'est-ce qui l'a poussé à donner son sperme tout en sachant que des enfants en naîtraient, enfants qu'il ne connaîtrait jamais ? Et qu'est-ce qui a bien pu pousser ses deux mamans à vouloir un enfant sans "père" ?


Une quête inachevable ?


Certes, nous sommes tous confrontés à la question de nos origines. Et de nombreuses situations - pas uniquement la FIV dans le cadre d'un couple homosexuel, ou l'adoption - rendent la réponse très compliquée, longue, et parfois impossible à mener jusqu'au bout.

Je me demande aussi si la réponse : "tu existes parce que Dieu t'a désiré" suffit ? Certes, c'est une réponse merveilleuse, rassurante, réconfortante. Mais chacun de nous sait bien qu'il est issu d'êtres humains qui ont fait des choix : nous nous inscrivons dans une histoire humaine. Dieu en reconnaît l'importance, d'ailleurs : dans la Genèse, il ne se contente pas d'expliquer comment il a créé le monde et l'humanité. Il explique aussi dans le détail au peuple juif son histoire, d'où il vient.

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