• Anne Lemétayer

Le handicap est-il anormal ?

Mis à jour : juin 3

Dans sa conférence "La comédie de la normalité", Josef Schovanec, autiste, docteur en sociologie et en philosophie, interroge le concept de "normal" que nous employons si facilement pour qualifier les personnes handicapées d'anormales.



Qu'est-ce qu'être normal ?


Être normal, c'est correspondre à la norme. Une norme est une règle, une loi : c'est ce qui est majoritairement répandu.

On peut donner deux sens au mot "normal". Dans le premier sens, normal est un simple constat. Par exemple, la majorité des gens sont voyants, donc il est normal d'être voyant. Être aveugle c'est, par rapport à cette norme, être anormal.

Mais le problème, c'est que nous associons généralement un jugement de valeur au mot "normal". Nous pensons que la norme est ce qu'il y a de mieux, que le normal est meilleur, supérieur, à l'anormal.


Rentrer dans la norme :


Notre réaction, face à l'anormal du handicap, est donc d'essayer de faire rentrer les personnes handicapées dans la norme (#handicap). Josef Schovanec explique qu'il avait un niveau en mathématiques bien supérieur à celui des autres élèves quand il était en primaire. Il ne correspondait pas à la norme de développement des enfants de son âge. On aurait pu se réjouir, trouver cela positif. Mais non : le système scolaire accepte difficilement ceux qui sortent du cadre. Ainsi, les professeurs ont décrété qu'il n'était pas entré dans les apprentissages.


Une norme n'est pas absolue :


On a l'impression que la norme est absolue : elle vaut par elle-même, elle s'impose et elle ne peut être contestée. Mais en réalité, toute norme dépend d'une échelle, ou pour le dire autrement : de la perspective adoptée. Par exemple, à l'échelle de l'individu né aveugle, il est normal d'être aveugle : il n'a jamais connu que cela.

Si l'aveugle commence à se sentir anormal, c'est parce qu'on lui fait sentir qu'il est anormal, vis-à-vis d'une norme prise sur une autre échelle : celle d'une masse d'individus. La personne handicapée ne souffre pas nécessairement de son handicap (être aveugle, par exemple, ne suscite aucune souffrance chez la personne). Elle souffre, en premier, du regard que les autres portent sur elle, regard plein de jugement, sûr de soi parce que se fondant sur une norme.


Et si la normalité était anormale ?


Josef Schovanec énumère quelques problèmes censés caractériser les autistes : ils sont dans leur bulle, ils ont des difficultés relationnelles, des problèmes de communication... Mais il relève, de façon pertinente, que beaucoup de personnes non-autistes ont également ces problèmes. Par exemple, souligne-t-il avec humour, la communication est très compliquée avec la plupart des hommes politiques... et pourtant ils ne sont pas autistes ! Ceux qui se pensent dans la norme partagent des caractéristiques avec ceux qu'ils jugent anormaux.

Finalement, certaines choses qui nous semblent normales vues de notre perspective, le sont beaucoup moins vues d'une autre. En nous permettant de nous regarder depuis sa perspective, Josef Schovanec nous fait remettre en question ce qui nous semblait normal.


"S'intéresser aux décimales du nombre pi, ce n'est ni plus stupide, ni plus bizarre, que de retenir les résultats des matchs de football." Josef Schovanec

La confusion entre normal et meilleur, implique aussi une autre confusion : celle entre normal et humain. Je développe cette idée dans cet article !

Ce qui explique que, de tous temps, les êtres humains ont cherché à éliminer le handicap. Aujourd'hui, certaines technologies telle que la FIV le permettent. Pour en savoir plus, lisez cet article !

Et Dieu, dans tout ça ? Quel regard porte Dieu sur le handicap ? Pour le découvrir, cliquez ici.

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© 2020 par Anne Lemétayer. Créé avec Wix.com

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