• Anne Lemétayer

Le handicap : aux marges de l'humanité ?

Mis à jour : juin 3

Pendant des siècles, naître avec un handicap, c'était être assuré de vivre un cauchemar. Exclusion, pauvreté, mendicité - quand on avait "la chance" de parvenir à l'âge adulte, car de nombreuses sociétés laissaient "tout simplement" mourir les bébés handicapés.

Aujourd'hui, nous proclamons que les personnes handicapées sont "des personnes comme les autres". Mais le pensons-nous vraiment ? Avons-nous réellement changé de regard ?



Que cache la pitié ?


Je croise un aveugle dans la rue, traçant son chemin grâce à sa canne blanche. Mon cœur se serre, je lui propose mon aide, et il refuse poliment. Un peu vexée, mais surtout pleine de pitié, je le laisse aller.

Mais pourquoi je ressens de la pitié ? Cet aveugle n'est pas perdu, pas plus que moi ! Il sait très bien où il est, où il va, et comment il y va. Il fait sans doute ce trajet plusieurs fois par semaine. Il n'a pas plus besoin de mon aide que je n'ai besoin qu'on m'aide. Alors pourquoi ressentons-nous de la pitié ? Parce que nous n'aimerions pas être à sa place.

Nous ne nous disons pas seulement : "Cette personne est aveugle, elle est heureuse comme ça, mais personnellement je n'aimerais pas être aveugle", comme nous pourrions dire : "Cette personne va faire un jogging tous les jours, elle est heureuse comme ça, mais moi je n'aime pas courir, alors je n'aimerais pas faire un jogging tous les jours." Non, c'est bien plus fort que cela : nous estimons que cette personne aveugle ne peut pas être heureuse. Elle ne peut pas être heureuse, parce qu'être handicapé, c'est forcément être malheureux (#handicap).


Handicap et normalité :


Si nous associons de manière si forte le handicap et la négativité, c'est d'une part parce que nous associons normal et meilleur. J'explique cette association dans cet article, portant sur une conférence donnée par l'autiste et docteur en sociologie et philosophie Josef Schovanec.


Handicap et humanité :


D'autre part, il se cache aussi un jugement implicite sur ce que c'est, être humain. Nous considérons qu'il manque à la personne handicapée quelque chose pour être un humain complet. Ce n'est pas que la personne handicapée ne soit pas humaine à nos yeux, mais qu'elle n'est pas pleinement humaine. Elle est aux marges de l'humanité.

Le vocabulaire que nous utilisons pour désigner le handicap le montre, comme le mot "déficient" (qui signifie manque), ou encore "diminué" (#faiblesse).


Le handicap force à se réadapter :


Quand on devient handicapé à la suite d'un accident ou d'une maladie, on fait l'expérience du déséquilibre. Alors qu'on évoluait avec aisance dans notre environnement, voilà que tout est bouleversé : marcher, attraper des objets, prendre une douche, manger, deviennent des défis quotidiens. Que fait-on alors ?

On ne cherche pas à retrouver l'équilibre antérieur. Si vous avez perdu l'usage de vos mains, il est vain de chercher à peindre avec. On cherche plutôt un nouvel équilibre, on se réadapte en créant une nouvelle norme : on va peindre avec la bouche.


Accepter le nouvel équilibre créé comme étant égal au nôtre :


Nous, qui nous disons normaux, pensons que ce nouvel équilibre, trouvé par la personne handicapée, n'est qu'un pis-aller. Nous ne considérons pas cet équilibre à égalité avec le nôtre. C'est pourquoi, bien souvent, la société ne facilite pas la création d'un nouvel équilibre : elle attend plutôt que la personne handicapée s'adapte à elle, ou elle la condamne.

Par exemple, ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale que le handisport s'est développé, pour les mutilés de guerre. Il faut une révolution de pensée pour accepter qu'on puisse être aveugle et vouloir jouer au football. On a plutôt tendance à condamner cette envie : "ce n'est pas possible". Mais en réalité, on peut créer des solutions qui rendent cela possible : attacher des grelots aux joueurs et au ballon de football.


Être humain, c'est s'adapter :


Si nous avons du mal à accepter l'adaptation des personnes handicapées, c'est parce que nous ne nous souvenons plus que nous avons eu à nous adapter. Nous pensons qu'il est naturel d'être comme nous, et donc que c'est ça, être humain. Alors qu'en réalité, être humain, c'est naître inadapté au monde, et apprendre à s'adapter.

Le bébé ne doit-il pas tout apprendre ? A tenir des objets, à se tenir assis, à marcher, à manger...

Cela va même plus loin, car chaque culture propose une adaptation qui lui est propre. Ainsi, les asiatiques dorment plutôt sur des futons, les européens sur des matelas ; ils mangent avec des baguettes, nous avec des fourchettes. Leur façon de faire n'est pas inférieure à la nôtre, mais différente.

Il en est de même des personnes handicapées. Leur façon d'être n'est pas une version déficiente de la nôtre, à laquelle il faudrait à tout prix les ramener, pour les rendre normaux, humains. Ils ont créé leur propre norme, leur propre équilibre, leur propre adaptation.


Le handicap nous rappelle ce que c'est, être humain :


Ainsi, la personne handicapée n'est pas aux marges de l'humanité, n'est pas un moindre humain. Elle est au cœur de l'humanité. Elle nous rappelle ce que c'est, être humain : s'adapter à l'environnement dans lequel nous vivons.


Et quel regard porte Dieu sur le handicap ? Pour le découvrir, lisez cet article !

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© 2020 par Anne Lemétayer. Créé avec Wix.com

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