• Anne Lemétayer

La liberté de penser : un droit ?

Mis à jour : juin 3

La loi reconnaît une liberté de pensée, mais pas une liberté de penser. Distinction subtile, mais déterminante.



Le droit à la liberté de pensée :


La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (française) de 1789 reconnaît à l'article 10 que "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses [...]". En 1948, la toute récente ONU proclame la Déclaration universelle des droits de l'Homme, dont l'article 18 reconnaît que "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction [...]." Enfin, la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne reprend textuellement cet article dans son article 10.

Un droit à la liberté de pensée, qu'est-ce à dire ? C'est un droit d'avoir ses propres avis en matière de morale, de politique, de religion. Personne n'a le droit de s'en prendre à un citoyen sous prétexte qu'il ne pense pas ou ne croit pas la même chose que lui.

La différence entre penser et pensée, c'est que le premier désigne l'activité, tandis que la seconde désigne le résultat.


Une liberté limitée :


Je n'ai cité que la première moitié de l'article 10 de la DDHC (1789). Le voici en entier : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi." Il est suivi par l'article 11 qui énonce la liberté d'expression, en lui adjoignant aussi des limites : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi."

Pourquoi des limites ? Si la loi reconnaissait une liberté de penser, alors elle pourrait donner comme limite tout ce qui n'est pas véritablement pensé, comme nous l'avons défini dans cet article, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas raisonné, réfléchi, logique. Mais ce n'est pas la prérogative de la loi que de pouvoir juger de cela. Elle se contente donc d'accepter toute pensée, opinion, conviction, croyance, et les limite par des critères qui relèvent de ses prérogatives : le maintien de l'ordre public. Qu'est-ce que cela désigne ?

L'ordre public est ce qui nous permet de vivre ensemble, de former une société. Ce qui trouble l'ordre public, c'est toute parole ou action qui s'en prend aux autres citoyens, leur refusant le droit de vivre avec nous. Tout ce qui porte atteinte à la sécurité des autres citoyens met en péril la vie en communauté.


La liberté de penser : un devoir


Dans Qu'est-ce que les Lumières ? (1784), Kant fait de la liberté de penser, c'est-à-dire le fait de penser par soi-même, en utilisant sa propre raison, un devoir. Cependant, il n'en fait pas un devoir que la loi imposerait : la loi ne peut pas contraindre les citoyens à penser.

Non, du point de vue de Kant, c'est plutôt un devoir d'être humain. Parce que nous sommes des créatures rationnelles, nous avons le devoir d'utiliser notre raison. Kant dénonce ceux qui voudraient empêcher d'apprendre à penser librement comme commettant un crime contre la nature humaine. Quant à ceux qui renonce à penser, il les compare à des animaux ou des machines ayant renoncé à la dignité d'homme. C'est cette idée que nous retrouvons dans l'obéissance aveugle, comme la développe cet article.

Abonnez-vous à notre newsletter

© 2020 par Anne Lemétayer. Créé avec Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now