• Philosophe chrétienne

Adam et Eve avaient-ils un nombril ?

Au-delà de la formulation accrocheuse du titre, une réflexion très sérieuse se pose au sujet du nombril. On dit des gens centrés sur eux-mêmes qu'ils sont nombrilistes : mais la présence d'un nombril ne nous invite-t-elle pas justement à nous décentrer ?



Être nombriliste :


Cette expression désigne une personne centrée sur elle-même, égoïste, qui ne pense qu'à elle, et pense que le monde entier tourne autour d'elle. Le nombril symbolise le centre de gravité autour duquel tout le reste est en orbite, et par lequel tout le reste prend un sens.


Ce que notre nombril nous apprend :


Mais cela n'est-il pas paradoxal, que le nombril en soit venu à prendre cette signification ? En effet, qu'est-ce que le nombril ? C'est la cicatrice du cordon ombilical.

La première chose que notre nombril nous apprend, c'est donc que nous devons la vie à quelqu'un d'autre. A deux autres. Nous ne nous sommes pas créés nous-mêmes. Nous nous sommes développés dans le corps d'une autre, une lente maturation avant notre venue au monde via un très sportif accouchement. Nous n'en gardons aucun souvenir (et c'est sans doute mieux comme ça !). Une seule trace de cet événement : notre nombril. Notre première "cicatrice de guerre". Pour nous rappeler à jamais, nous remettre à notre place : une leçon d'humilité en somme, et de gratitude, bien mieux assenée qu'un long discours.


Le nombril nous renvoie donc à notre création, à notre venue au monde : comme un reflet, il nous rappelle que si nous sommes nés, nous devrons mourir un jour. Il est le signe de notre finitude (#finitude), à la fois dans le fait que nous sommes mortels, mais aussi dans le fait que nous ne sommes pas tout puissants.


Incapables de nous créer et de nous mettre au monde, nous avons été dépendants des soins de nos parents, de notre famille pendant de longues années. Et nous sommes encore dépendants aujourd'hui : de nos proches, de notre entourage, et plus largement de ceux que nous côtoyons : collègues, voisins, artisans... Nous demandons un coup de main à nos voisins, nous comptons sur notre boulanger pour avoir notre pain.


Tous, ils ont un nombril. Tous, ils sont aussi finis, dépendants. Loin donc d'être l'occasion d'un narcissisme mal placé, le nombril devient l'invitation à s'ouvrir aux autres, à voir en eux des frères, partageant la même condition humaine, et ayant autant besoin de nous que nous avons besoin d'eux. C'est la leçon qu'en tire le philosophe et théologien Jean-Louis Chrétien, dans son ouvrage Symbolique du corps (2005).


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