• Philosophe chrétienne

#2 - Le travail est-il une vertu ?

Certaines interprétations de la Bible font du travail une vertu, dont l'opposé est la paresse. Ne dit-on pas d'ailleurs que l'oisiveté est mère de tous les vices ?



Dans cet article, j'ai soutenu que le travail n'est pas une malédiction, contrairement à une certaine tradition qui fait du travail la punition divine envers les hommes. Mais à l'opposé, certaines conceptions protestantes font du travail une vertu.


Le travail, une fin en soi :


Dans son ouvrage L'Ethique protestante et l'Esprit du capitalisme (1904-1905), le philosophe allemand Max Weber veut montrer que l'esprit capitaliste est issu de l'éthique protestante, c'est-à-dire d'une certaine conception protestante du bien. Ainsi, le travail n'est pas considéré comme un moyen de subvenir à ses besoins, mais comme la fin de la vie humaine. Autrement dit, Dieu a créé l'homme pour qu'il travaille, et c'est en travaillant que nous réalisons le sens de notre vie.


L'oisiveté, mère de tous les vices :


Et même, c'est en travaillant que l'on assure le salut de son âme : le travail aurait pour effet de purifier l'âme. En effet, la paresse est un vice, elle est considérée comme un péché, parfois comme le plus grand des péchés, ouvrant la porte à tous les autres. Nombreux sont les textes de la Bible qui condamnent la paresse et les paresseux. L'un d'entre eux, de l'apôtre Paul, est souvent cité :


"Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus." 2 Thessaloniciens 3 : 10

Que penser de cette identification entre travail et vertu ?


La condamnation d'une certaine oisiveté :


Éloge de l'oisiveté est un article du philosophe anglais Bertrand Russell, paru en 1932. Le philosophe y dénonce la confusion entre le travail et la vertu. Selon lui, cette confusion tire son origine dans la nécessité qu'a une riche minorité de faire accepter à la majorité de travailler pour elle. Comment convaincre quelqu'un de cultiver vos terres et de vous donner une part de sa production ?

Il n'y a que deux possibilités : par la force, ou par la persuasion. Cette seconde possibilité est réalisée quand vous persuadez le travailleur qu'il doit travailler, car le travail est une vertu : il est bon pour lui de travailler. Russell condamne cette oisiveté d'une minorité, permise par le travail de la majorité.

Et c'est en ce sens qu'il comprend la citation de Paul : il est injuste qu'un individu consomme ce dont il a besoin, voire plus, sans participer à la production globale (que ce soit en cultivant, soignant, enseignant, inventant...). En ce sens, chacun a le devoir de travailler.


De l'oisiveté pour tous :


Selon lui, il est possible de diminuer le temps de travail de chacun, ainsi que sa pénibilité, tout en donnant du travail à tous, et plus de temps de loisir. Comment ? Grâce aux machines !

Mais ce n'est pas l'utilisation que nous en avons faite : les machines produisant plus que l'humain, on s'est contenté de faire travailler tout autant une partie de la population, en laissant l'autre partie au chômage. Pourquoi ne pas réduire drastiquement le temps de travail, de telle sorte que tous puissent travailler ?

Parce que le travail est considéré comme une vertu : c'est pourquoi nous sommes payés au nombre d'heures travaillées. Plus nous travaillons, plus nous sommes vertueux. De plus, l'oisiveté est vue comme un vice : que vont faire les gens de tout ce temps libre ? Sans doute sombrer dans la délinquance...


Une oisiveté... travailleuse :


L'oisiveté dont Russell fait l'éloge n'est pas une oisiveté paresseuse, mais active. C'est du temps libéré pour pouvoir s'adonner à des activités qui nous plaisent, comme par exemple tenir un blog ! Quand on y pense, c'est encore du travail.

En effet, on se sert le plus souvent du mot travail pour parler du métier : le travail salarié, rémunéré. Mais le mot travail recouvre une réalité plus vaste : les étudiants travaillent, les bénévoles travaillent, si vous faites du sport ou de la musique, c'est du travail, et les tâches ménagères sont du travail... Tous ces travaux ne sont pas rémunérés, mais sont du travail quand même.

Ce que Russell propose, c'est de diminuer le temps de travail rémunéré, et d'augmenter le temps de travail libre, choisi, épanouissant. La condition est de cesser de voir dans le travail rémunéré une vertu. Ainsi, on pourra accepter de diminuer ce temps de travail, sans diminuer pour autant la rémunération. Chacun pourra avoir un travail rémunéré, tout en bénéficiant de temps libre pour d'autres activités, qui pourront venir compléter son métier (par exemple faire des recherches quand on est enseignant), ou qui seront totalement différentes (se lancer dans le sport, dans l'art, dans le jardinage...).

Russell envisage alors un avenir lumineux : des citoyens moins épuisés, moins nerveux, moins agressifs, plus de civisme, la fin des guerres, et le progrès de la civilisation.

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