• Philosophe chrétienne

#2 - La nudité dans la Genèse

Adam et Eve ont été créés nus, et ils n'en avaient pas honte. Mais après la chute, ils ont honte de leur nudité. Ils se fabriquent des vêtements, mais c'est finalement Dieu qui leur en donnera de véritables. Plongée dans l'origine de la nudité et du vêtement.



3 interprétations de la prise de conscience de la nudité :


Dans cet article, je me suis intéressée à la prise de conscience de la nudité après la chute. J'ai présenté trois interprétations possibles : en décrétant la nudité honteuse, Adam et Eve prennent leur première décision concernant la connaissance du bien et du mal, décision qui va à contre-sens de ce que Dieu avait décrété ; un rapport faussé s'introduit entre eux et leur corps, ils se retrouvent mal dans leur peau, ne se reconnaissent plus ; enfin, le regard de l'autre sur leur corps leur devient insupportable, et ils cherchent à s'y dérober.


Une nudité originelle :


Dans le présent article, j'aimerais partager une réflexion lue dans La voix nue, phénoménologie de la promesse de Jean-Louis Chrétien, un philosophe et théologien catholique français (1952-2019). Dans le deuxième chapitre, il s'intéresse à la nudité. Être nu, cela implique de se dévêtir, se déshabiller, se dépouiller. Ainsi, le vêtement serait premier, la nudité seconde. Cependant, une objection surgit : c'est nus que nous venons au monde. La nudité serait donc plutôt première, et le vêtement second.


La nudité, signe de faiblesse :


Si la nudité du nouveau-né peut être interprétée comme innocence, elle est surtout dénuement : la nudité de l'homme à la naissance, c'est le signe de sa faiblesse. Contrairement aux animaux qui naissent équipés (de griffes, de crocs, de fourrures, d'écailles, d'ailes, etc.), l'homme naît nu, sans rien, faible, exposé, fragile. C'est pourquoi il se revêt de vêtements, d'armes, d'outils.

Mais la nudité ainsi comprise n'est-elle pas la nudité résultant de la chute ? C'est après avoir mangé de l'arbre de la connaissance du bien et du mal que l'homme prend conscience d'une nudité honteuse, signe de sa fragilité, qu'il essaie alors de cacher comme il peut. La première nudité, la nudité dans laquelle l'homme et la femme ont été créés, peut-elle être interprétée comme dénuement, faiblesse ?

Non, assurément. La nudité de la chute est destruction de la nudité créationnelle. La nudité d'après la chute n'est pas la prise de conscience de la nudité d'avant la chute, mais sa destruction : l'homme et la femme se connaissent nus, mais pas dans le même sens qu'avant, car ils en éprouvent de la honte.


Le premier vêtement :


Avec cette prise de conscience apparaissent les premiers vêtements faits de main d'homme.


"Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuiers, ils s'en firent des ceintures." Genèse 3 : 7 (dans la traduction Louis Segond)

Ces vêtements-ceintures ont pour rôle évident de cacher le sexe. Cela nous montre qu'il n'y a nudité que dans la rencontre de l'homme et de la femme. Et en effet, la première nudité, créationnelle, est mentionnée quand Dieu présente la femme à l'homme.


"L'Eternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. [...] L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte." Genèse 2 : 22-25

Et c'est cette différence sexuelle qui pose problème pour la deuxième nudité, celle de la chute. Ces premiers vêtements sont donc une façon de se cacher, de cacher ce qui fait problème. Une piètre tentative de se dérober au regard de l'autre et de Dieu. C'est un vêtement qui tente de dissimuler la faute, empêchant par là-même le repentir, et échouant lamentablement dans son objectif, puisque ce vêtement révèle la faute en attirant le regard sur ce qu'il tente de cacher.


Le second vêtement :


Dieu ne peut pas laisser l'homme dans ces vêtements : il lui en confectionne d'autres, en peau de bête cette fois.


"L'Eternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit." Genèse 3 : 21

Ces vêtements sont véritablement couvrants : ils ne cachent pas seulement le sexe, ils couvrent le corps. Ce n'est pas un vêtement qui révèle la faute en tentant de la cacher. C'est un don essentiel : il permet de sortir d'une nudité humiliante, de laquelle nous ne pouvons sortir par nous-mêmes. Il permet de délivrer de cette nudité honteuse pour recouvrer une dignité. Le don de ce vêtement qui couvre est une grâce divine.

Il nous apprend que nous ne nous vêtons pas, nous sommes toujours d'abord vêtus par quelqu'un. Il nous apprend que vêtir ceux qui sont nus, c'est répéter le geste divin de la Genèse.


Une nudité vêtue :


Si la nudité de la chute est signe de faiblesse et humiliante, qu'en est-il de la nudité avant la chute ? Paradoxalement, on pourrait dire qu'Adam et Eve étaient bien plus vêtus dans leur nudité originelle que lorsqu'ils le furent par des peaux de bête. En effet, dans le jardin d'Eden, ils étaient nus sous le regard l'un de l'autre. Or ce regard était un regard d'amour, fondé sur l'amour de Dieu pour eux ; regard de confiance qui couvre bien mieux que tous les vêtements. Ils étaient nus, certes, mais vêtus par l'amour, la bonté, la grâce du regard de Dieu.

Et c'est sans doute de cette sorte de vêtement que la Bible nous invite à nous revêtir et à revêtir nos prochains :


"Or Josué était couvert de vêtements sales, et il se tenait debout devant l'ange. L'ange, prenant la parole, dit à ceux qui étaient devant lui : Otez-lui les vêtements sales ! Puis il dit à Josué : Vois, je t'enlève ton iniquité, et je te revêts d'habits de fête." Zacharie 3 : 3-4

"Je te conseille d'acheter de moi ... des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas" Apocalypse 3 : 18


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